|
Présentation
Denis GODEL, 38 ans – propriétaire de
restaurants. Autodidacte,
J’ai débuté ma carrière professionnelle à
16 ans et consacré la majeure partie de ma vie au travail.
Cet investissement professionnel m’a permis
d’acquérir une autonomie financière qui, aujourd’hui, m’offre
la possibilité de marquer une pause.
Le projet que j’ai bâti autour de ce
" temps retrouvé " est simple : choisir un lieu paisible pour
m’installer durablement.
Après de longues recherches, j’ai découvert
la calanque de Port-Miou à Cassis et la bâtisse (en triste
état) qui s’y trouve. J’ai accompli les démarches nécessaires
auprès des propriétaires, la S.A. SOLVAY. En juillet 2000,
j’ai signé un bail emphytéotique et suis devenu l’ayant droit
de ce site : ancienne carrière de 26 ha située dans le massif
protégé des Calanques.
Cette chronologie n’a donc rien
d’extraordinaire. Les actes conclus sont conformes aux lois et
ne devraient donc soulever aucune polémique…
Pourtant, depuis mon arrivée, je subis de
très lourdes pressions :
- Refus de sécurisation de bâtiments annexes situés sur la
propriété représentant de réels dangers, vu la fréquentation
massive et anarchique d’un million de promeneurs par an qui
transitent sur cette propriété,
- Refus d’autorisation de travaux de rénovation de ma
maison, allant jusqu’à l’impossibilité d’obtenir
l’électricité ;
- Campagne diffamatoire dans le bulletin municipal ;
- Actes de vandalisme ;
- Création d’un site Internet détracteur, m’insultant
régulièrement et cherchant à intimider ceux qui me
témoignent un quelconque soutien.
Ces manœuvres ne poursuivant qu’un seul
but : me conduire au découragement et à l’abandon de mes
droits qui pourtant, légaux, devraient être respectés et
défendus par les autorités compétentes…
Depuis deux ans, je suis donc sans cesse
dans l’obligation de me justifier et d’apporter une contre
argumentation à des procès d’intention, à des rumeurs, à des
calomnies. J’ai, pourtant dès mon arrivée, cherché à établir
des contacts pragmatiques avec les responsables locaux.
Une tentative de partenariat
J’ai été tout de suite conscient que ces
terrains représentaient une part importante de la vie locale
et étaient considérés par certains comme appartenant à tous.
Cette approche affective est compréhensible, mais ne
correspond à aucune réalité puisque la Mairie de Cassis, après
avoir obtenu l’arrêt de l’exploitation de la carrière, n’a
jamais entamé les moindres négociations pour acquérir ce site.
C’est d’ailleurs, cette absence d’offre qui a conduit la S.A.
SOLVAY à accepter ma proposition.
Désireux de m’intégrer à cette commune,
j’ai donc immédiatement proposé à son représentant la cession
de 23 ha de terrain et de deux bâtiments pour le franc
symbolique pour 99 ans. J’étais alors convaincu que cette
période de jouissance donnait les garanties de pérennité pour
l’accomplissement d’un projet.
Cette offre a été refusée et même niée. A
cette possibilité de voir se fonder une collaboration
privée/publique, la Municipalité a préféré engager une
procédure d’expropriation, invoquant que seule une maîtrise du
foncier permettrait de mener à terme une politique
d’investissement sur le site.
Conjointement, le Conservatoire du Littoral
engageait une action juridique pour l’annulation de mon bail,
le qualifiant de manœuvre aux fins de détourner le droit de
préemption. Cette procédure est lourde de conséquences et
cherche à remettre en question l’existence même des baux
emphytéotiques ! On peut alors s’interroger sur l’ingérence
d’organes exécutifs dans le domaine législatif.
Un terrain " orphelin " depuis vingt ans
Depuis plus de vingt ans, cette volonté de
blocage de toute initiative sur ce site a conduit à l’abandon
des lieux par la société SOLVAY, celle-ci le considérant comme
un terrain orphelin. Après s’être vu opposer plusieurs refus
sur des projets de requalification de la carrière, la S.A.
SOLVAY a été amenée à maintenir cette propriété juridiquement
fermée au public et à geler ce patrimoine foncier.
De plus, par une absence physique de
surveillance, ces terrains ont été livrés à une fréquentation
anarchique ne prenant aucunement en compte les problèmes de
sécurité inhérents à cette ancienne friche industrielle
(falaises, rochers instables, bâtiments vétustes...)
occultant, aussi, l’aspect environnemental (collecte des
ordures, risques d’incendie, divagation des promeneurs sur des
espaces fragiles….)
Peu à peu, l’identification du propriétaire
a été brouillée (édition de brochures faisant état d’un
chemin, création d’un aire de stationnement, autorisation
d’installation d’une buvette par la mairie sur une
propriété privée …)
L’ensemble de ces problèmes, l’absence de
dialogue avec la commune, m’a donc nécessairement conduit à
mettre de l’ordre sur ce domaine privé où ma responsabilité
est engagée.
J’ai donc isolé les zones à risques
(reconnues comme telles par un rapport de la DRIRE et d’autres
institutions…) et j’ai procédé à la création d’un chemin
ouvert aux promeneurs. Cette mesure a fait l’objet d’une
convention avec le Comité Départemental de Randonnée Pédestre
Française qui reconnaît qu’à ce jour aucun accès légal n’avait
existé.
Des mesures concrètes pour la protection de l’environnement
Dans un premier temps, j’ai fait effectuer
par les spécialistes en écologie d’un bureau d’environnement
naturel (agence HEMISPHERES) un diagnostic
" faune/flore/habitats " complet sur ma zone d’intimité.
Les conclusions de cette expertise,
réalisée au meilleur moment de l’activité écologique, n’a
décelé aucune vulnérabilité et a plutôt mis l’accent sur la
qualité fort dégradée des habitats du site (absence de biotope
remarquable, présence nombreuses d’immondices à moitié
enterrés, etc…)
Par ailleurs, la présence d’une zone à
haute valeur biologique, en dehors de mon zonage privé, a été
à maintes reprises, sur mon initiative, proposée en convention
de gestion, en particulier à l’IMEP (Institut Méditerranéen
d’Ecologie et de Paléoécologie de l’Université de Marseille).
La surveillance d’une population
d’orchidées (sérapia parviflora parlatore) à fort enjeu
patrimonial, présent sur ce milieu artificiel, mérite en effet
un suivi et une responsabilité scientifique que je soutiens
particulièrement.
Ne pouvant seul continuer à m’investir dans
la protection de cet espace, face à l’impossibilité de
collaborer avec la commune, j’ai pris la décision d’initier la
création d’une association " Port-Miou pour Tous ", à qui j’ai
finalement confié gratuitement la gestion de 23 ha. Cette
démarche sépare ainsi l’espace que je souhaite conserver en
zone intime de celui qui est ouvert au public.
Sur son territoire de compétences,
Port-Miou Pour Tous a pour objectif l’aménagement et la
création d’un espace paysager ouvert au public et sur ces
bases, de nombreuses propositions ont été faites, parmi
lesquelles :
- la création d’un sentier sécurisé et balisé traversant
la propriété ainsi que d’une piste DFCI, en remplacement de
celle existante, mais impraticable,
- la requalification et restauration paysagère de cette
ancienne friche industrielle,
- l’émergence d’un projet pédagogique, orienté vers
l’information du promeneur, sur la fragilité du massif
protégé des Calanques.
Là encore, aucune aide n’a été apportée à
ces bénévoles et si, depuis le mois d’avril 2002, un chemin
légal, balisé et sécurisé, existe sur la carrière, celui-ci
n’a bénéficié à ce jour, d’aucune aide publique.
Ce premier pas vers une organisation
responsable du site par une gestion de l’accueil des visiteurs
(environ 1 million de promeneurs/an) est même contesté par la
Municipalité qui refuse de reconnaître son existence et
condamne ainsi tout partenariat avec d’autres institutions.
En ultime recours, des demandes de
conciliation afin d’atteindre un consensus ont été adressées
au Ministère de l’Environnement, à la Préfecture des
Bouches-du-Rhône, au Conseil Régional, au Conseil Général, au
G.I.P. et sont restées jusqu’ici sans réponse.
En guise conclusion
N’étant plus à la dialectique
universitaire, ni à l’analyse théorique sur le droit de
propriété ainsi que sur les nouveaux modes de gestion à
organiser sur l’espace littoral, mon intervention dans cette
conférence n’a de sens que si elle est étudiée comme un cas
concret.
A ce titre, je suis persuadé que la
situation conflictuelle que je vis actuellement dans la
calanque peut être riche d’enseignements :
- elle établit clairement les difficultés
quasi-insurmontables que rencontre un propriétaire privé à
collaborer avec les collectivités sur des projets
environnementaux et sur la possibilité de s’impliquer dans
l’aménagement du territoire de façon volontaire,
- elle démontre en atteignant ici son
paroxysme, l’absence d’une réflexion des autorités publiques
sur les lieux à développer avec des ayants droits désirant
intégrer dans leur projet personnel une dimension
collective,
- elle met en exergue une politique qui
s’appuie sur un préalable : la maîtrise foncière comme
unique outil de protection créant par effet de caricature
deux univers opposables qui agiraient sans possibilité
d’interpénétration :
- une sphère publique qui serait par
vocation naturelle la seule entité capable d’agir pour
l’intérêt général,
- une sphère privée dont la seule
préoccupation serait de nourrir des intentions
mercantiles ou de spolier des territoires à des
populations pour un usage personnel.
|