Le retour de Don Camillo.

Le SOIR de Belgique

édition du vendredi 3 août 2001

Dans cet univers à la Don Camillo, où les disputes homériques tiennent lieu de sport national, on ne peut passer sous silence l'épisode de l'exploitation calcaire installée en 1907 par Ernest Solvay dans la fabuleuse calanque de Port-Miou. Ayant cessé ses activités depuis une vingtaine d'années, à cause de l'effet désastreux causé à la plus belle calanque de la côte, ce site industriel est très logiquement mis en vente par la multinationale belge.

Comme Gilbert Rastouin et Jean-Pierre Teisseire, l'ancien et l'actuel maire, espéraient l'obtenir pour zéro franc, zéro centime, rien n'a bougé. Mais l'an dernier, Denis Godel, un jeune investisseur lyonnais, a signé avec Solvay un bail emphythéotique de 99 ans l'autorisant à reprendre le château et les 26 hectares qui l'entourent pour une somme relativement modique (NDLR : 2,5 millions de FF, plus un loyer mensuel de 7.000 FF).

Diplomate, Godel qui entend conserver et restaurer le château ainsi que 3 hectares de terrain aux alentours pour créer un endroit de villégiature, propose au maire de lui... donner les 23 hectares complémentaires sans bourse délier. Un cadeau d'autant plus utile que la visite à pied des calanques passe par cet endroit. Vexé d'avoir été damé par ce jeune investisseur, le maire refuse cette proposition particulièrement alléchante pour notre ville où l'espace manque tragiquement, notamment en matière de parkings, nous confie un observateur local. Il voulait tout, le château et les 26 hectares, pour rien

Du coup, l'arrivée au paradis de Denis Godel s'est soudainement transformée en découverte de l'enfer. On lui refuse l'eau et l'électricité, s'indigne notre informateur. On lui colle dix procès-verbaux par jour. Il aplanit une butte, il reçoit un PV. On découvre " soudain " une plante rare sur le site, la parciflora, qu'il aurait détruite alors qu'il entend défendre cet espace naturel... On lui pourrit la vie et lui, il ne se démonte pas. Le maire qui espérait le dégoûter n'a jamais cru qu'il allait tomber sur un type pareil.

Et les Cassidains d'assister, médusés, à ce duel ridicule, relevé d'épices provençales. Et de s'étonner de voir leur maire acheter un terrain à 3,5 millions FF pour y construire un parking alors que Denis Godel était prêt à lui donner gratuitement un espace de 23 hectares... Au même moment, sur les hauteurs du village, 98 Tunisiens attendent depuis trente ans que la mairie trouve un terrain pour leur construire quelques maisons. Cherchez l'erreur...